Rénovation du parc immobilier : sortir des passoires sans créer des bouilloires
Pendant des années, la rénovation énergétique des logements a été pensée avec un objectif largement dominant : avoir moins froid en hiver tout en consommant moins d’énergie.
Isolation des murs, des planchers et des combles, remplacement des fenêtres, amélioration des systèmes de chauffage… Toutes ces mesures répondent à une nécessité bien réelle : réduire les déperditions thermiques et améliorer la performance énergétique de notre parc immobilier.
Mais avec l’évolution de notre climat et la multiplication des épisodes de fortes chaleurs, une autre question devient incontournable, particulièrement dans le Var :
Un logement mieux isolé pour l’hiver est-il nécessairement plus confortable en été ?
La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît.
700 000 audits énergétiques passés au crible
Une analyse récente menée par Argile.ai, entreprise spécialisée dans la donnée immobilière et la rénovation énergétique, apporte sur ce sujet des résultats particulièrement intéressants.
En analysant environ 700 000 audits énergétiques, Argile.ai estime que 31 % des scénarios de travaux étudiés pourraient conduire à une augmentation de la température intérieure pendant les semaines les plus chaudes de l’année.
Dans 26,5 % des cas étudiés, cette hausse serait comprise entre 1 et 5 °C et, dans 4 % des cas, elle dépasserait même 5 °C.
Ces résultats ne signifient évidemment pas que l’isolation réchauffe systématiquement les logements, ni qu’il faudrait renoncer à les rénover.
Ils mettent plutôt en évidence un point essentiel : une rénovation énergétique ne peut plus être pensée uniquement en fonction des besoins de chauffage en hiver.
Le comportement du bâtiment pendant l’été doit lui aussi entrer dans l’équation.
Un logement ne se résume pas à son isolation
Pour comprendre ce phénomène, il faut s’intéresser à une notion encore assez peu connue du grand public : l’inertie thermique.
Un bâtiment ne se contente pas de laisser passer plus ou moins rapidement la chaleur à travers ses murs. Certains matériaux peuvent également absorber une quantité importante de chaleur et la restituer progressivement.
C’est particulièrement le cas de nombreuses constructions anciennes comportant des murs épais en pierre ou en brique.
Nous avons presque tous fait cette expérience dans notre région : entrer en plein été dans une vieille maison provençale aux murs épais et ressentir immédiatement une différence avec la température extérieure.
Ce phénomène n’a évidemment rien de magique. Il dépend de la masse du bâtiment, de la nature de ses murs et de ses sols, de son exposition, de ses ouvertures, de ses protections solaires et de la manière dont il est ventilé.
Quand une rénovation modifie cet équilibre
C’est précisément là que l’analyse d’Argile.ai devient intéressante.
Certaines associations de travaux, notamment l’isolation des murs par l’intérieur combinée à l’isolation du plancher bas, peuvent modifier sensiblement le comportement thermique de certains bâtiments.
En isolant un mur massif par l’intérieur, par exemple, on peut réduire les échanges entre l’espace habité et la masse du mur. De même, l’isolation d’un plancher peut modifier les échanges thermiques avec le sol.
Autrement dit, en cherchant légitimement à empêcher la chaleur du logement de s’échapper pendant l’hiver, on peut également modifier certains mécanismes qui participaient à son confort pendant l’été.
Cela ne signifie pas qu’il faut moins isoler.
Cela signifie qu’il faut isoler en fonction du bâtiment que l’on a devant soi.
Une maison en pierre du XIXe siècle, une villa des années 1970, un appartement récent et une construction à ossature bois ne fonctionnent pas thermiquement de la même manière.
La bonne rénovation est donc celle qui tient compte du bâtiment dans son ensemble.
Quand le logement ne refroidit plus la nuit
Dans notre région méditerranéenne, les fortes chaleurs estivales ne sont pas nouvelles. Des journées à 30 ou 35 °C, nous en connaissons depuis longtemps.
Ce qui devient particulièrement problématique, c’est la persistance de la chaleur après le coucher du soleil et sa répétition nuit après nuit.
Après une journée très chaude, les murs, les planchers, la toiture et les différents éléments du bâtiment ont accumulé de la chaleur et en restituent progressivement une partie.
Il peut alors se produire une situation que connaissent bien ceux qui vivent les épisodes caniculaires : il fait moins chaud dehors que dedans, mais pas suffisamment frais pour faire réellement redescendre la température du logement.
Lorsque la nuit apportait davantage de fraîcheur, ouvrir largement les fenêtres permettait de renouveler l’air, d’évacuer une partie de la chaleur intérieure et de retrouver une température plus supportable avant le matin.
Lors des périodes caniculaires prolongées, cet écart de température devient parfois trop faible. Le logement reste chaud, y compris lorsque la température extérieure commence à baisser, tandis que les matériaux continuent à restituer une partie de l’énergie accumulée pendant la journée.
Le lendemain, le logement ne repart donc pas d’une température confortable. Une nouvelle journée chaude commence sur la chaleur résiduelle de la veille. Puis vient une nouvelle nuit insuffisamment fraîche. Et, jour après jour, la chaleur s’accumule dans le logement.
C’est là que l’image de la « bouilloire » prend tout son sens : un logement qui accumule la chaleur pendant la journée et ne parvient plus à l’évacuer suffisamment pendant la nuit.
L’été 2026 a d’ailleurs illustré de manière particulièrement marquée cette évolution. Météo-France a comptabilisé 53 jours de vague de chaleur répartis en trois épisodes. En Provence et dans le Var, 50 à 60 journées ont dépassé 35 °C par endroits, contre 10 à 20 habituellement.
La question du confort d’été n’est donc plus secondaire dans notre région.
Le DPE ne dit pas tout du confort d’un logement
Le diagnostic de performance énergétique (DPE) est obligatoire, sauf exceptions, lors de la vente ou de la mise en location d’un logement. Au fil des réformes, il a pris une importance considérable dans la perception des biens immobiliers et dans les décisions de rénovation.
Son classement de A à G repose principalement sur la consommation conventionnelle d’énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre. Le DPE comporte également une appréciation du confort d’été, mais celle-ci reste distincte de la lettre qui concentre généralement l’attention des propriétaires et des acquéreurs.
Or, deux logements affichant la même classe énergétique peuvent se comporter très différemment pendant une période de forte chaleur.
Orientation, inertie des murs, étage, protections solaires, ventilation ou environnement peuvent faire une différence considérable.
La performance d’un logement ne peut donc pas être résumée à une seule lettre : la manière dont on y vit en janvier comme en août compte tout autant.
Dans le Var, la chaleur change la donne
L’évolution de notre climat doit progressivement modifier notre manière d’envisager la rénovation.
Pendant longtemps, la priorité était assez naturellement de protéger le logement contre le froid et de réduire les besoins de chauffage. Cet objectif reste évidemment essentiel.
Mais dans une région méditerranéenne comme la nôtre, la capacité d’un logement à se protéger durablement de la chaleur devient désormais tout aussi importante.
Et la réponse ne peut pas systématiquement être la climatisation.
Car si une rénovation permet de diminuer fortement les besoins de chauffage en hiver mais conduit parallèlement à augmenter les besoins de climatisation en été, une partie du bénéfice énergétique recherché risque d’être perdue.
Le confort d’été dépend d’un ensemble de facteurs : isolation, inertie du bâtiment, orientation, protections solaires extérieures, volets, stores, végétation, ventilation nocturne, nature des vitrages, toiture, étage ou encore environnement immédiat.
Il ne s’agit donc plus seulement d’empêcher la chaleur de sortir en hiver.
Il faut également empêcher qu’elle entre en été et permettre au logement d’évacuer celle qu’il a accumulée.
Rénover mieux plutôt que simplement isoler davantage
La rénovation énergétique de notre parc immobilier est indispensable. Les logements les plus énergivores doivent être améliorés et la lutte contre les passoires thermiques répond à un véritable enjeu économique, énergétique et environnemental.
Mais les enseignements de cette analyse invitent à dépasser une vision trop simple dans laquelle ajouter de l’isolant conduirait mécaniquement à un meilleur logement.
La bonne rénovation n’est pas nécessairement celle qui isole le plus. C’est celle qui isole intelligemment, en fonction du bâtiment, de son environnement et du climat dans lequel il se trouve.
Dans le Var et plus largement sur le littoral méditerranéen, nous devons donc rechercher simultanément deux objectifs : conserver la chaleur lorsqu’il fait froid et préserver la fraîcheur lorsqu’il fait chaud.
Parce qu’au bout du compte, la performance énergétique n’est pas une fin en soi.
La véritable finalité reste de pouvoir vivre confortablement dans son logement, en consommant le moins d’énergie possible… en janvier comme en août.
Jean-Louis SAVARIN